Art écoféministe
« C’est quoi l’écoféminisme ? » Cette question m’a été posée plusieurs fois lors de la présentation de l’exposition WE BREATH, WE RISE à l’Académie du Climat, en avril dernier. Je souhaite préciser d’avantage mon propos, bien que je ne sois pas théoricienne. Il s'agit d'un mouvement né dans les années 70 qui, ces dernières années, a regagné en importance, méritant aujourd'hui de s'y attarder.
Un peu d’histoire
Le néologisme est apparut en 1974, sous la plume de l’écrivaine féministe française Françoise d’Eaubonne qui s’opposait déjà à ”l’hypercroissance industrielle qui assassine la terre”. Elle avait cette idée révolutionnaire de l’abolition du pouvoir, pas de la domination des femmes sur les hommes, mais arriver au “non pouvoir” tout simplement. Elle souhaitait créer une société du “non pouvoir”, en passant de la pyramide au cercle.
C’est un mouvement pluriel, riche et fort
Dès les années 1970, des idées similaires ont germé partout dans le monde. L’écoféminisme a été porté par des collectifs et des luttes concrètes autour de différents enjeux anti-nucléaires, anti-racistes, féministes. Plusieurs d’expérimentations locales ont germé. Pour n’en citer que quelques exemples : en 1978 Lois Gibbs se dresse contre une décharge de produits toxiques dans l’état de New-York ; en 1980, 2000 femmes entourent le Pentagone contre les menaces nucléaires ; en 1974 le mouvement Chipko protège des arbres dans le Nord de l’Inde.
Plus récemment le mouvement “Standing Rock” protégeant les sacrées amérindiennes, ou encore le collectif “Mujeres Amazónicas” contre l’exploitation pétrolière et forestière de leurs terres ancestrales en Équateur, ou en France “Les bombes Atomiques” protestent contre l’enfouissement de déchets radioactifs à Bure. Ses principales théoriciennes ou faiseuses sont : l’écrivaine Starhawk, l’essayiste Susan Griffin, la militante Vandana Shiva, l’activiste Wangari Maati, la pacifiste Ynestra King…
L’écoféminisme est à l’interconnexion de toutes les luttes
L’écoféminisme n’a pas d'idéologie politique précise. Et ce n’est pas simplement une juxtaposition de deux courants de pensée. Le point commun est de dénoncer le lien entre la crise écologique, le patriarcat et le capitalisme. Le mouvement a, dans toute sa variété, un objectif commun : imaginer, créer une nouvelle réalité, refuser le dogme de la croissance, réévaluer le réels besoins des humains de la planète, se défaire des rapports de domination hommes/femmes, humains/nature, culture/nature. Il s’agit de penser l’intersection des oppressions : déconstruire les inégalités de genre, sociales, institutionnelles et géographiques, et valoriser les principes « féminins » en les remettant au coeur de la société et de la démocratie. Faire du soin du monde vivant la clef de voute de la société, se réapproprier ou « reclaim » le lien avec la nature, le corps, la spiritualité, le soin de l’autre. Sans aucune notion essentialiste !
L’écoféminisme remis en avant dans les débats politiques et sociétaux
A l’international, le constat de la situation plus fragile des femmes face au changement climatique alerte l’opinion publique. Selon le rapport des Nations unies “Gender and Disaster Risk Reduction”, les femmes ont 14 fois plus de chances que les hommes de mourir à cause d’une catastrophe naturelle. Lors du tsunami de 2004 en Asie, 70% des victimes furent des femmes. Il s’agit de repenser une convergence entre la lutte contre le crise écologique, les inégalités de genre tout en intégrant la justice sociale. La prise de conscience écologique ainsi que la libération de la parole de la femme ces dernières années, ont mis en exergue l’inaction politique et judiciaire face à des enjeux urgents.
En évolution constante
Pour la philosophe Jeanne Burgart Goutal, l’écoféminisme c’est un “joyeux bordel”. J’aime bien cette idée. Ce n’est pas figé. Pour moi c’est un mouvement de réflexion, d’expérimentation presque, autour de sujets qui sont à l’intersection de sujets de société importants. On pourrait même parler deS écoféminismeS, au pluriel.
En effet, l’écoféminisme se construit sur le terrain et dans les livres : il y a les femmes qui luttent et manifestent et celles qui recensent et théorisent. L’écoféminisme déborde de la sphère militante dans laquelle le mouvement était cantonné, désormais on en parle sur podcasts, débats, réunions, sous forme d’essais, livres, magazines, BD, œuvres d’ART, expositions, événements culturels… chacun.e peut y prendre part à sa manière.
Exposition d’art écoféministe
L’exposition collective WE BREATH, WE RISE, que j’ai organisé au pied levé à l’Académie du Climat, avec l’aide de l’équipe YesWeCamp fut l’occasion parfaite d’y prendre part. C’est pourquoi, dans le cadre de l’ART MONTH, j’ai souhaité rassembler quelques unes des artistes du Cercle de l’Art sous cette thématique. L’idée étant de montrer la pluralité des procédés créatifs, d’idées féministes et/ou écologiques. Il me paraissait urgent de faire dialoguer les œuvres entre elles et créer un espace d’échanges entre artistes et visiteur•euses et parler d’écoféminisme à travers l’ART. Merci aux artistes qui m’ont rejoint sur ce projet : Alphée Ballester, Emmanuelle Blanc, Melanie Challe, Valérie Burnand Grimaldi, Hanaé Goumri, Guacolda, Kathy Levavasseur, Meaghan Matthews, Alaïs Raslain, Virginie Rasmont. Ainsi que le collectif There’s a Way et l’artiste Koclico qui nous ont offert événement fort en émotions lors du finisssage de l’exposition.
Dossier de Presse