





SOLEDAD
L’architecte Henri Gaudin, contrairement à Le Corbusier, transgressait la limite de l’espace et du corps pour envisager leur porosité réciproque et prônait une «architecture du lien». Quel est le lien entre architecture et santé mentale pendant une période de pandémie et de confinements répétitifs ?
pendant la pandémie, les médias ont parlé de l’augmentation inquiétante des indicateurs de santé mentale : notamment les troubles anxio-dépressifs et addictions. L’ agence nationale de santé publique française publie le 19 janvier 2023, une synthèse des résultats de trois enquêtes réalisées en 2020 : un actif sur cinq présentaient des symptômes dépressifs au début des deux périodes de confinement. Sur 4000 personnes actives interrogées, 30 % déclaraient avoir augmenté leur consommation de tabac contre 14 % pour l’alcool entre la 1ère période de confinement et la reprise d’activité entre mars et mai 2020.
En créant des diptyques liant danse et architecture je souhaite explorer l’augmentation des troubles anxio-dépressifs des parisiens pendant la pandémie. Les vues d’architecture prises au Stade Charléty, complètement vide, nous donnent une réelle impression d’isolement. Les matières brutes comme le béton et le métal deviennent un écrin. Les lignes et les courbes répétitives symbolisent les barreaux d’une cellule de prison. La mise en perpective avec des photographies de danse contemporaine en studio, pendant cette même période, soulignent ce sentiment d’isolement mais aussi notre besoin inhérent de mouvement pour exister. Lors de la prise de vue en studio, le danseur Grégoire François a dit se sentir “coincé”, “rouillé”, il n’avait en effet pas pu s’entrainer pendant les confinements dans son petit appartement parisien. Il lui a en donc fallu un bon moment pour se sentir plus léger et retrouver ses sensations.
L’isolement a en effet augmenté notre trouble à nous mouvoir et à sociabiliser. Ces vues où le corps humain est, soit absent dans l’immensité des grands espaces vides, soit en mouvement dans le studio photo, mettent en exergue le sentiment de solitude. C’est la face cachée de la pandémie : “la Soledad”.