Labo Cyano

On me demande fréquemment quel est l’intérêt de faire des cyanotypes alors que je fais de la photo numérique. Cette question, bien qu'elle semble anodine, soulève des réflexions profondes sur ma relation à l'art et à la technique. En pratique, une fois la prise de vue et l’édition faites, je préfère passer du temps en labo à “faire” que d’utiliser l’IA pour avoir un rendu souhaité. Pour moi, c’est un retour aux sources, au laboratoire, à la matière qui m’est nécessaire, voire vital.


Un peu d’histoire

Avant tout, il faut que je vous raconte la naissance du cyanotype. La cyanotypie est une ancienne technique d’écriture photographique produisant des images aux tons bleus. Le terme vient du grec ancien : kúanos (bleu) et túpos (empreinte).

Chimie

En 1842, l'anglais John Herschel (1792-1871) astronome, physicien et chimiste découvrait que les sels ferriques devenaient des sels ferreux sous l'action de la lumière. Contemporain de Henry Talbot, John Hershel est aussi l’auteur des termes “positif” et “négatif” en photographie. C’est lors de ses recherches pour introduire la couleur en photographie qu’il découvre la cyanotypie. Herschel s’en servira comme d’un moyen rapide de faire des copies de ses notes et travaux par contact direct.

Herbier

Et on doit la mise en pratique du cyanotype à une femme ! C’est la botaniste anglaise Anna Atkins, qui a eu l’idée d’appliquer le nouveau procédé chimique de Sir Herschel aux herbiers. La cyanotypie lui offrant alors une nouvelle façon d’étudier et représenter les plantes tout en sortant de l’illustration exacte de la plante. En résultèrent des empreintes blanches fond bleu de prusse. Anna Atkins est la première personne à créer un herbier regroupant des algues marines. British Algae, paru en 1843, est d’ailleurs le premier livre photographique ! Après l’avoir enrichi pendant plusieurs années, Atkins en fera don au British Museum en 1865.

Renouveau

La cyanotypie était peu appréciée des photographes de l'époque car jugée trop pictoraliste et peu réaliste. Longtemps jugée trop simple, cette technique ancienne a été laissée aux oubliettes.
Le Cyanotype a l’avantage d’extrêmement bien se conserver dans le temps. Le bleu de Prusse est capable de subir les siècles sans perdre son éclat. Il est donc parfait pour conserver des archives. Voilà tout.
Aujourd’hui, avec la mode du “fait maison” et après un engouement pour les blogs déco et DIY, le cyanotype est devenu “tendance”. En atteste le nombre de Kits Cyanos vendus en ligne et en magasin d’articles d’art. Qui l’eut cru ? Mais ne vous méprenez pas, il s’agit bien d’une technique complexe à approfondir pour arriver à des fins artistiques.

Mes tirages cyanotypés

Retrouver la joie du labo

Au départ était la découverte du photogramme dans mon enfance, un des premiers ateliers offerts par mon école primaire auxquels j’ai participé en arrivant à Paris. Puis vint mon amour transi pour le laboratoire photo N&B. Combien d’heures passées en labo après les cours à la fac et la formation de graphisme. Combien d’argent dépensé pour créer mon labo perso. Je ne comptais pas, j’exultais seule dans le noir. C’est comme ça que la beauté pure du monochrome s'est installé dans ma rétine.
Aujourd’hui, consciente de mon impact écologique, je souhaite éviter les chimiques polluants que l’on trouve en labo classique. Pour la cyanotypie, révélant des images aux tons bleus, c'est avec le citrate d'ammonium ferrique et le ferricyanure de potassium. Ce mélange, non toxique et non polluant, est photosensible et se rince simplement à l'eau. Voilà ce qui me convient mieux pour continuer à travailler mes images.

Artisanal et unique

  • Chaque tirage cyanotypé est UNIQUE. Son aspect expérimental fait partie de ma démarche artistique. Me laisser surprendre par les imperfections réussies et provoquer de l'inattendu et faire des choix, refaire, continuer, garder.

  • Les conditions extérieures jouent un grand rôle. Les rayons de soleil n’ont pas le même impact, que l’on soit à la montagne ou en bord de mer, en Quito ou à Paris. Evidemment, à Paris, en hiver ou le soir, j’utilise une insoleuse.

  • Choix infinis : différents supports, grammages de papier, tissus, variations de bains et donc de tonalités. Toutes ces manipulations vont accentuer l’aspect unique du cyanotype.

Amour du bleu

Et puis il faut se l’avouer, j’aime les bleus. Bleu de Prusse, bleu turquoise, bleu pastel... j’ai une passion pour le bleu dans toutes ses tonalités, depuis petite. C’est mon amour du ciel, de la mer que je reconnais ici.
Le bleu est également lié au bien-être et à la spiritualité. Le chakra de la communication, représenté par la couleur bleue (Vishudha), se trouve au niveau de la gorge. Quant au chakra de la conscience et de l'intuition, il est de couleur indigo (Ajna) et se situe entre les deux sourcils. Leur mantra est le “HUM”. Le bleu procure joie, sérénité et apaisement. Evident non ? Tout est lié, tout a un sens.

Voilà pourquoi ce choix. C’est le besoin de faire avec ses mains, d’expérimenter, de toucher. J’aime penser à l’objet final, créer une œuvre à part entière, en réinterprétant en monochrome bleu mes photographies ou photogrammes. Je prépare ainsi des nouvelles œuvres. Certaines d’entre elles seront proposées lors de la vente de l’Art Month du Cercle de l’Art du 29 mars au 30 avril. A suivre !

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